Quelles stratégies productives les entreprises doivent-elle adopter afin d'améliorer leur compétitivité-prix ?

Introduction

     Dans cette quatrième partie, nous verrons que pour faire face à la crise, une entreprise doit augmenter sa compétitivité prix, c'est-à-dire la capacité de produire des biens et des services à des prix inférieurs à ceux de ses concurrents, soit par la baisse des coûts de production, soit par une hausse de la productivité. Elle doit donc mettre en place des stratégies productives. Une stratégie productive consiste à répondre à la problématique : comment produire plus, plus rapidement et/ou en baissant les coûts de production ? competitivite.jpg     Cette caricature de Box illustre le fait qu'en baissant ses coûts de production, ici représentés par le salaire, une entreprise améliore sa compétitivité-prix, ce qui engendre une potentielle hausse du nombre de clients, donc du chiffre d'affaire, donc des profits.

-La baisse des coûts des facteurs de production

     Lisi Automotive s'est séparée de ses 40 intérimaires, Caritan a licencié 20% de son personnel, KME a également licencié (nous ne savons pas en quelle proportion), Carrefour ne remplace plus les départs en retraites et Famar s'est séparé de 45 salariés, soit par le non remplacement des départs en retraite, soit par la mutation de salariés sur d'autres sites de production, soit par la suppression de postes lors de fulicenciement.jpgsions d'usines. On voit donc clairement que les entreprises tentent de réduire leurs coûts de production au niveau du facteur travail.

     Mais les entreprises réduisent également leurs coûts au niveau du facteur capital, puisque l’entreprise Lisi Automotive « fai[t] attention aux dépenses d’électricité », et achète certaines pièces en Asie et réalise les traitements thermiques par eux-même, c'est alors une baisse des consommations intermédiaires. Également pour diminuer le coût de leurs consommations intermédiaires, Famar a changé certains de ses fournisseurs. Désormais, les boîtes de médicaments sont en carton recyclé. De plus, pour les notices de médicaments, l'entreprise utilise du papier plus fin, et imprime des deux côtés de la feuille. L'entreprise regroupe les économies qu'elles peut réaliser. En effet, l'entreprise a, par exemple, la possibilité de changer de fournisseur pour un principe actif. Cependant, il arrive que les coûts de changement de fournisseur, c'est-à-dire les tests à réaliser, la nouvelle autorisation de mise sur le marché à demander, soient supérieurs à l'économie qu'engendre ce changement. Celui-ci n'est alors plus viable. L'entreprise n'oublie alors pas cette économie, mais va la regrouper avec d'autres économies non-viables seules, et l'entreprise va mettre en œuvre ces économies sur un seul produit, afin, d'une part, de réduire les coûts de changement pré-cités (il n'y a de tests à réaliser plus que sur un produit), et d'autre part, de faire en sorte que ces coûts soient inférieurs à toutes les économies que celles-ci permettent. Auparavant, Famar établissait ses commandes de matières premières et d'articles de conditionnement auprès de ses fournisseurs sur la base de prévisions de commandes. Ainsi, l'entreprise pouvait avoir certains produits, payés, en stock, dans l'incapacité de les utiliser suite à un changement dans le conditionnement ou la composition du médicament ; c'était alors une perte sèche et totale. Pour abaisser ses coûts, Famar a donc décidé de ne plus établir ses commandes que sur la base de commandes fermes.

     Concernant également l'achat auprès des fournisseurs : Famar essaye de mettre en place, autant qupalette.jpge possible, afin de réduire ses coûts, des conventions avec ses fournisseur dans le but de stocker dans ses locaux les commandes faites avant que de ne les avoir payées, tout en restant propriétés des fournisseurs; Famar payant la commande lorsqu'elle la sort des stock pour l'utiliser. Cela permet à l'entreprise de ne plus avoir à avancer pour les composantes du produit qu'elle fabrique avant d'avoir reçu l'argent de la commande faite. Encore à propos des commandes. Le groupe Famar s'étend régulièrement, ses commandes sont alors plus importantes. L'entreprise est alors en capacité de négocier les prix de ses commandes.

     L'entreprise IMV Technologies réduit ses dépenses sur tous les postes possibles. On citera notamment, l’électricité (l'entreprise a installé des panneaux photovoltaïques sur la totalité de la surface de son toit), les dépenses de voyages (l'entreprise essaye de planifier le plus à l'avance ses voyages afin de profiter de meilleurs tarifs et privilégie également les compagnies low-cost pour les vols européens), le chauffage (l'entreprise se chauffe au gaz mais aussi au bois) et enfin les dépenses d'eau, puisque l'entreprise recycle l'eau qu'elle utilise, témoin une nouvelle fois des réductions de dépenses de l'entreprise, combinée avec un réel souhait de développement « vert ».

     Cependant, chez Lisi Automotive, certains projets d'investissement n'ont pas abouti, faute de financements (on notera cependant, que les investissements du groupe se sont portés à 36 millions d'euros cette année). C'est donc une baisse d'acquisition de capitaux. Famar a également réduit ses acquisitions de capitaux, elle n'achète pas de nouvelles machines, et si jamais elle se trouve dans le besoin, elle en emprunte une auprès d'un autre site de production. Toutes ces mesures sont importantes, car en effet, si une entreprise abaisse ses coûts de production, elle va pouvoir diminuer les prix de ses biens ou services, et ainsi, elle augmente sa compétitivité-prix.

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     Les facteurs de production correspondent à l'ensemble des ressources utilisées par une unité productive pour produire des biens ou des services. Le facteur travail correspond à la masse salariale, soit le total des salaires à verser. Le facteur capital, lui, fait référence à l'ensemble des ressources « créées » pour produire. On distingue alors le capital fixe, qui désigne l'ensemble des moyens de production utilisés durant plusieurs cycles de production (tels que les machines, ou les bâtiments), et les consommations intermédiaires, qui correspondent aux biens et services créés par d'autres entreprises qu'une entreprise détruit ou transforme lors de sa production (comme les matières premières, ou l'électricité).

-La hausse de la productivité

     L'entreprise Transports Ecallard a fait installer sur ses camions des hayons élévateurs rétractables ainsi que le débâchage automatique. Grâce à ces innovations, permises par des investissements, l'ouvrier peut réaliser son travail plus rapidement, puisqu'il n'a plus à descendre de son camion pour effectuer un certain nombre de tâches. Il augmente alors sa productivité. De même, l'entreprise KME a investi dans de nouvelles machines, plus performantes, elles permettent donc d'augmenter la productivité. Le site Famar de L'Aigle n'a pas lyophilisateur.jpginvesti dans des machines, cependant, le site de Saint-Rémy-sur-Avre qui a lui une production très spécialisée (les médicaments lyophilisés) a investit successivement dans deux, puis encore deux autres lyophilisateurs, afin de répondre plus rapidement aux commandes. Chaque année, IMV Technologies investit pour une somme d'environ 1,5 million d'euros dans de nouvelles machines, dont récemment le tri par caméra. De cette façon, avec des machines plus performantes, l'entreprise gagne en productivité. Dans le but d'augmenter sa productivité, Famar a nommé des groupes de travail qui analysent les causes d'arrêts dans les lignes de production et qui Lyophilisateur industriel                 

cherchent des solutions pour réduire ces temps morts (améliorer la disposition des outils dans les lignes de production afin que les salariés ne cherchent plus leurs outils) et réfléchit à la capacité à augmenter la vitesse de la ligne de production. De façon à diminuer les coûts unitaires de production, Famar a comme stratégie d'exploiter au maximum les capacités de chaque site de production, de manière à augmenter le volume produit, et ainsi diminuer les coûts unitaires. C'est une économie d'échelle. Afin d'augmenter la productivité de ses salariés, l'entreprise Carrefour a décidé d'une organisation du lieu de travail fixe. L'ouvrier ne cherche plus après les rayons, il est plus productif.


La productivité est un indicateur qui permet de mesure l'efficacité des facteurs de production. Augmenter la productivité permet d'augmenter la production avec autant ou moins de facteurs de production, on diminue alors les coûts unitaires de production, et ainsi, l'entreprise peut baisser le prix de ses biens ou services.productivite.jpg

On observe avec ce graphique que pour une base 100 en 1990, l'indice de la productivité du travail en France était de 125 en 2008  selon une étude de l'OCDE. Donc la productivité du travail en France a augmenté de 25% entre 1990 et 2008. Alors que pour une base 100 en 1990, l'indice de la productivité du travail en Grande-Bretagne était de 143 en 2008. Donc la productivité du travail en Grande-Bretagne a augmenté de 43% entre 1990 et 2008.

La productivité du travail de la France a moins progressé depuis 1990 que celle de ses petits camarades anglais, allemands et américains. Cependant, d'après une étude de 2011, la France se place sur le podium des pays du G7, après les Etats-Unis et devant l'Allemagne.

Le Rapport Gallois

rapport-gallois.jpg     Lors de notre entretien, M. Clebar, directeur du site de Lisi Automotive à la Ferté Fresnel, nous parlait du problème de compétitivité de la France. En effet le coût du travail est trop important: les charges patronales représentent 50% du salaire. Pour faire face à ce problème, en novembre, était publié un rapport sur la compétitivité des entreprises françaises et les solutions éventuelles à mettre en place : le rapport Gallois. Ce rapport préconisait une baisse des charges, mesure que prendra ensuite le Gouvernement, ainsi qu'une aide à l'innovation. C'est donc les deux leviers de la compétitivité-prix que le Gouvernement actionne: la baisse des coûts de production et la hausse de la productivité, par l'innovation et l'investissement. M. Clebar, M. Zuchowicki (responsable financier de KME), M. Ecallard (gérant majoritaire de Transports Ecallard), que nous avons rencontrés, ont tous approuvé cette mesure, qui ne peut que faire du bien aux entreprises, selon eux, ainsi que M Bailleau (comptable de Bohin) qui cependant faisait remarquer qu'en parallèle de cette baisse des charges, l'Etat augmentait les impôts, notamment la CFE, qui passait cette année pour cette entreprise de 11000 à 29000€. M. Clebar nous faisait lui remarquer que des aides à l'innovation du type que celles que l'Etat souhaite mettre en place existent déjà.

 Louis Gallois est un haut fonctionnaire et un dirigeant d'entreprise français. Il rend au Gouvernement son rapport sur la compétitivité des entreprises françaises le 5 novembre 2012

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