Avant la crise actuelle qui découle de l'enchaînement de différentes phases, le Monde avait déjà connu la crise.

Introduction

     Dans cette première partie, nous verrons que le phénomène de crise n'est pas nouveau, a déjà existé par le passé. Pour le montrer nous prendrons comme exemple la crise de 1929. Nous étudierons également la crise actuelle, depuis ses débuts en 2007, et ses différentes phases, ici dénommées "actes", afin de bien comprendre le contexte économico-social dans lequel nous avons réalisé nos travaux.

La crise de 1929 et la Grande Dépression

     Le krach boursier d'octobre 1929 qui se transforme en une longue dépression économique assombrissant l'ensemble des années 30, se traduit d'abord par l'effondrement de la production, de l'investissement, des prix et des revenus ainsi que du commerce international, mais aussi par la multiplication des faillites et la montée vertigineuse du chômage. Ce krach a révélé les faiblesses de la gestion américaine, ruiné tout le système de crédit et laissé les dirigeants sans réaction efficace. Des Etats-Unis, la crise se transmet au reste du monde à partir de 1931, par le relais des échanges commerciaux et financiers. L'echec de la concertation internationale à Londres en 1933 fait durer le marasme dans un monde de plus en plus cloisonné et livré à l'affrontement des nationalismes.


Le « Jeudi noir »

                                                                         Le Brooklyn Daily Eagle du jeudi 24 octobre 1929

     1/ les prémices et les causes:journal-24-octobre-1929-1.jpg

     Plusieurs thèses s'affrontent quant aux origines de la crise. Les libéraux voient là un incident cyclique d'une structure économique saine agravée par l'intervention des chefs d'Etats ce qui a limité «l'assainissement naturel du marché» et les anti-libéraux voient eux les dysfonctionnements du libéralisme. Il est cependant possible de discerner différents facteurs. C'est d'abord, la spéculation (activité qui consiste à profiter d'une évolution de prix que l'on anticipe en achetant un certain produit pour le revendre plus cher ultérieurement et obtenir une plus-value), qui a conduit à ce que l'on ne nommait pas encore les «bulles». En effet, il était possible d'acheter les actions à crédit, alors attirés par des gains rapides et faciles à obtenir, les spéculateurs se font de plus en plus nombreux, jusqu'à représenter 6% de la population américaine. Dans un contexte de reconstruction d'après-guerre, l'investissement se concentre sur l'outillage pour les grandes entreprises des activités pilotes (éléctricité, automobile..). Les activités plus anciennes sont elles victimes de sous-investissement. Les valeurs boursières sont alors poussées à une hausse exagérée: entre 1926 et 1929, l'indice de ces valeurs monte de 100 à 216. Le système économique est déséquilibré. S'ajoute à cela le problème de la surproduction, notamment céréalière. Les États-Unis, ainsi que d'autres pays neufs, ne cessent d'étendre leur surface agricole utilisée. En outre, l'industrialisation accélérée, en Amérique, mais également au Japon, a permis une croissance rapide de la production, croissance bien supérieure, dans de nombreux domaines, à celle du pouvoir d'achat des ménages; la Grande Guerre, par les saignées qu'elle a engendrées dans la population mondiale, a par ailleurs limité la consommation. Cependant, aujourd'hui les origines de la Grande Dépression font encore débat parmi les historiens.                                                                                                                                                                                    

     2/ Le krach boursier de 1929 :

     La crise débute par le krach boursier qui survient à Wall Street le jeudi 24 octobre 1929. 13 millions d'actions sont échangées ce jour-là sur place : les indices boursiers s'effondrent. Ils poursuivent leur chute vingt-deux jours durant. Au commencement de l'année 1930, les valeurs industrielles ont perdu, en moyenne, un tiers de leur cote.


 La contagion internationale


      1/ l'engrenage économique :

     La part des actionnaires reste alors assez faible dans la population américaine mais, pris de panique, de nombreux épargnants n'en ont pas moins retiré leurs fonds des banques où ils les avaient placés. Ces dernières, qui, par définition, n'ont qu'un faible ratio de liquidités par rapport aux placements qu'elles détiennent, sont bientôt acculées à la faillite, d'autant qu'elles ont massivement investi dans des titres désormais dévalués. Contraintes de se défausser ou de restreindre drastiquement de leurs offres de crédit, elles entraînent dans leur chute les entreprises industrielles. C'est ainsi que la disparition du Crédit Anstalt autrichien emporte de très lourdes conséquences (1931). Aux faillites bancaires succèdent les faillites économiques et la baisse drastique de la production, faisant écho a une chute des exportations : en moins de trois mois, la production industrielle baisse de moitié. Le chômage, devenu massif (entre 15 et 20% des actifs selon les pays), ouvre le cortège des misères sociales. Dans toute l'Europe et aux États-Unis, se multiplient les « marches de la faim »: outre-Atlantique, en 1933, on compte 14 à 15 millions de chômeurs. 71594635marche-de-la-faim-jpg.jpg

                                                                  Marche de la faim

Les grandes cités sont les premières victimes de la crise : temples de l'industrie, elles sont frappées de plein fouet par le chômage. Tel est notamment le cas de Chicago, mais aussi de Berlin. Les comptes publics sont plombés par la crise, et la suspension du paiement des réparations, en vertu du moratoire Hoover de 1931, ne fait qu'aggraver la situation.

     2/ Des disparités nationales :

     Certains pays, comme les États-Unis ou l'Allemagne, sont foudroyés par la dépression et subissent ses conséquences dès 1930. Le Royaume-Uni, quant à lui, s'enfonce un peu plus dans le marasme : son déclin, commencé au début des années 1870, semble inexorable. La France, dans un premier temps, ne semble pas s'en ressentir outre mesure. La structure économique du pays reste très stable, fondée sur une paysannerie nombreuse, qui amortit le choc de 1929. La crise ne frappe réellement cet îlot de prospérité qu'en 1935; mais la France doit en contrepartie subir une longue convalescence, que Serge Berstein a nommée « crise de la langueur ». Commencent alors les années grises, marquées par le chômage et le recul de la production industrielle. Les débats vont bon train : les uns dénoncent le retard technologique de la nation, les autres, au contraire, plaident en faveur d'un soutien massif à l'agriculture, en affirmant, comme Joseph Caillaux que « la France souffre d'hypertrophie industrielle ».

La crise actuelle

Acte 1: Crise des subprimes

 

     En 2007, la crise débute à New-York, plus précisément à Wall Street, cœur de la finance new-yorkaise, américaine et mondiale. Elle désigne le fait qu'une institution financière, ici la banque américaine Bear Stearns, cherche à atteindre des rendements très élevés, grâce à des stratégies financières particulièrement risquées pour elle et pour les particuliers. Ces banques accordaient des crédits à des ménages jugés modestes, pour qu'ils puissent acheter des biens immobiliers. Ces crédits, dits « subprimes », sont des prêts à taux d'intérêt variables, qui se trouvent être faibles au départ. La valeur de l'immobilier augmente, ce qui pousse de nouveaux ménages à contracter ces crédits, qui fait encore augmenter la valeur de l'immobilier, etc. Mais au bout de quelques années, les taux d'intérêts augmentent, si bien que les ménages n'arrivent plus à rembourser leurs emprunts auprès des banques. Les banques saisissent alors les biens immobiliers des ménages, qu'elles avaient hypothéquées en garantie. L'offre devient supérieure à la demande. Par conséquent, les banques n'arrivent pas à vendre les biens immobiliers saisis. S'en suit donc l'effondrement des prix de l'immobilier. La plupart des banques du monde sont touchées, à commencer par la faillite de deux « hedge funds » (fond d'investissement), car celles-ci ont toutes, dans leurs comptes, des produits liés aux « subprimes ».

Vidéo réalisée par nos soins. Nous vous conseillons de la regarder en plein écran, afin que les textes soient bien lisibles.

En effet, les petites banques possédant des subprimes et n'ayant plus de « cash » souhaitent revendre ces produits. Elles se tournent alors vers des organismes financiers. En rachetant ces produits, ce seront désormais eux qui toucheront les intérêts liés. Par cette opération, le crédit immobilier devient un titre. C'est de cette façon que ces produits se sont retrouvés sur le marché financier. Ces organismes financiers, souhaitant faire encore plus de bénéfices, « découpent » ces titres afin de les revendre à des investisseurs. Mais comme ce sont des produits dits « dangereux », de par les risques qu'ils contiennent, ils sont mélangés avec des valeurs plus sûres. Ces créances à risques sont alors « camouflées » dans de nouveaux produits financiers. Les banques d'affaires et les fonds d'investissement en achètent par milliers, partout à travers le monde. L'ensemble du marché financier est alors contaminé.

Acte 2: Crise de confiance et crise de liquidités


     Si toutes les banques ont dans leurs caisses des produits liés aux subprimes, elles se privent bien de le faire savoir. Lorsque ces produits, des bombes à retardement, « explosent », chaque banque cache la part de produits subprimes dans ses fonds, la tendance générale est à l'apaisement, chacun tente de rassurer en niant posséder ces produits dangereuxvers-crise-liquidite-internationale-l-qtgkfz.jpeg. Si chacun nie, tout le monde se soupçonne. C'est la crise de confiance. Les banques ne veulent plus se prêter entre elles, par précaution. Les taux interbancaires augmentent, certaines se retrouvent sans liquidité, et ne peuvent plus honorer les engagements financiers. Les bourses du monde crise-financiere.jpgentier s'effondrent.

 

 

 

 Le lundi 21 janvier 2008, le CAC 40, indice de la bourse de Paris, chute de 6,83 %

                                                                                                                                                                                                                                          

                                                                            

Acte 3: Crise bancaire et financière


     Les banques ne peuvent se cacher éternellement, et lorsque les premières affichent leurs pertes, le monde de la finance bascule, c'est le début de la crise bancaire. Elle est alors propagée à l'ensemble de la « bulle financière » (par opposition à l'économie réelle) entre 2007 et 2008. La crise bancaire débute réellement début septembre 2008, lorsque plusieurs établissement américains sont déclarés en cessation de paiement. Ils sont alors sauvés par la Réserve fédérale américaine (Fed), rachetés par d'autres banques, ou mis en liquidation, comme Lehman Brothers, la quatrième banque d'affaire américaine, le 15 septembre 2008. La chute de cette banque entraîne alors avec elle la bourse américaine, puis quelques semaines plus tard toutes les bourses mondiales.lehman-brothers.jpg

                               La banque d'affaire Lehman Brothers fait faillite le 15 septembre 2008

Le début de ce nouvel acte de la crise est également marqué par la nationalisation de deux grands fonds d'investissement américains, Freddie Mac et Fannie Mae. De même, en Europe, des établissements en difficultés sont sauvé par l'intervention des États ou des banques centrales. La crise devient alors financière, et touche désormais l'économie réelle, soit les systèmes productifs. 


Acte 4: Crise économique


     Les banques n'ont plus d'argent, elle ne prêtent plus. Les ménages ne contractent donc plus de crédits immobiliers ou de consommation, et les entreprises n'investissent plus. En parallèle, on observe une récession généralisée, qui conduit à un ralentissement du commerce international, une baisse des prix des produits de base, due à la baisse des cours des matières premières, et une hausse du chômage. world-trade.pngÉvolution du commerce mondial, 2000-2011 (en indice, base 100 en 2000). Le pic est atteint au printemps 2008.                                                                                                                                                                                                                                          Pour une base 100 en 2000, l'indice du commerce mondial était de 161 en 2008 (source inconnue). Donc le commerce mondial a augmenté de 61% entre 2000 et 2008. Tandis qu'entre 2008 et 2010, l'indice du commerce mondial est passé de 161 à 130. Donc on constate une diminution de 31 points. Et entre 2010 et 2011, l'indice du commerce mondial est passé de 130 à 168, soit une augmentation de 38 points.

Si à priori la baisse des prix de certains produits peut paraître comme une bonne nouvelle, ce n'est en fait que la matérialisation du marasme dans lequel le monde économique mondial est plongé. Les clients payent certes les produits de base moins chers, cependant, les entreprises elles, ne font aucun bénéfice.

Et si les entreprises n'investissent plus, c'est également le cas des collectivités locales.

Les fonds souverains et les investisseurs privés du Moyen-orient et d'Asie (y compris la Chine) achètent de façon croissante des parts de sociétés européennes ou américaines y compris dans le domaine industriel. En effet, à la suite de la récession elles sont à des prix très abordables. Le gouvernement chinois s'est particulièrement intéressé au secteur des ressources naturelles partout dans le monde dans le but de sécuriser son approvisionnement en pétrole et minérais.

       

Acte 5: Crise sociale

 

     En atteignant l'économie réelle, la société est alors elle aussi touchée par la crise. On peut parler d'une crise sociale. En effet, le taux de chômage en France atteint 10% en 2010 contre 7% au début de 2008.pole-emploi-chomage-48.jpg

                      Au troisième  trimestre 2012, le taux de chômage en France s'élevait à 10.3%.


               Emploi à L'Aigle:

      A L'Aigle, depuis 2007, année qui marque le début de la crise, le taux de chômage a augmenté de 26,8%, il est en effet passé de 8,38% (moyenne sur l'année 2007) à 10,65% (moyenne sur les deux premiers trimestre 2012). L'antenne Pôle Emploi de L'Aigle traitait en 2008 1800 demandes d'emploi, contre 2600 en 2012, soit une hausse de plus de 44%. Nous sommes allés à la rencontre de deux agences d'intérim aiglonnes, Manpower et Adecco, pour savoir comment se portait le marché de l'emploi dans le secteur. Réponse catégorique et unanime de la part des deux agences: oui, il y a une manpower-logo.gifhausse de demandeurs d'emploi (nous n'avons malheureusement pas pu obtenir de chiffres). L'agence Adecco a noté un phénomène parralèle à la hausse du nombre de demandeurs d'emplois: une baisse significative des demandes des entreprises, ce qui n'arrange pas la situation. L'agence Manpower nous a affirmé que les personnes sans qualification étaient les plus touchées. On pourrait croire que des postes qui n'étaient jusque là pas ou peu touchés par le chômage, comme les cadres, auraient été à leur tour victimes du chômage avec la crise, mais l'agence n'a pas constaté une hausse du nombre de cadres: «Ils n'ont pas le réflexe de venir s'inscrire en agence d'intérim».                                         Logo de Manpower

Il convient cepeadecco.pngndant de préciser que l'agence est plus spécifiquement spécialisée dans l'industrie et le bâtiment, ce qui peut également expliquer le peu de cadres demandeurs d'emploi à l'agence. Tandis que l'agence Manpower ajoute que «les étudiants sont durs à faire travailler car nombreux sur le marché», l'agence Adecco nous indique elle qu'il n'y a pas un métier, un secteur d'activité, une catégorie plus particulièrement touché par le chômage. Selon cette agence, en 2012, tous les secteurs sont touchés, aussi bien le bâtiment, l'industrie, le tertiaire ou le commerce.                Logo d'Adecco

Il existe toujours cependant des métiers dont le recrutement est difficile, tels que les techniciens de maintenance, les plombiers chauffagistes, ou les bouchers. Le Pôle Emploi nous indique lui que l'industrie est particulièrement touchée, mais que paradoxalement, c'est également un secteur qui recrute.


Cela se traduit alors par une pauvreté plus importante, si bien qu'en France, entre 2008 et 2009, le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, établi à 957 euros par mois, est passé de 7,8 millions à 8,2 millions, d'après l'INSEE. Cette hausse de la pauvreté peut se constater au niveau local: ainsi l'antenne des Restos du Cœur de L'Aigle a pu constater une hausse de l'effectif de ses bénéficiaires de 25% par rapport à 2011, portant ainsi à 815 le nombre de personnes bénéficiant des services de l'association.logo-restos-du-coeur.jpgLogo des Resto du Coeur

  Ceci a ainsi engendré une baisse du niveau de vie et donc du pouvoir d'achat, ce qui a eu un impact direct sur la consommation des ménages. Par effet boule de neige, ceci a eu un impact sur les entreprises qui vendent alors moins, ont donc un chiffre d'affaire plus faible, font moins de bénéfices, doivent réduire leurs coûts, licencient, ce qui fait baisser le pouvoir d'achat des ménages (vivant alors avec un salaire de moins), qui a des conséquences sur leur consommation, et le cercle vicieux est sans fin.



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